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Il reprochait à chaque interview l’achat de Air Force One. Mais qui est herizo Razafimahaleo ?

31 juil 2008
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herizo-razafimahaleo.jpgHerizo Razamihaleo est décédé le 25 juillet 2008 à 53 ans. A chacune de ses prestations télévisées ou radiophoniques, il démontrait que l’achat du boeing présidentiel et l’organisationdu prochain sommet de l’Unité africaine à Madagascar étaient un non sens.Voici l’histoire de ce poids lourd malagasy. (Source : http://www.laverite.mg/)

De toutes les personnalités composant l’actuelle opposition, il figurait sans doute parmi les plus crédibles. Non seulement au vu de son cursus impressionnant mais aussi et surtout de l’honnêteté dont il a fait preuve tout au long de son parcours politique. Car Herizo Razafimahaleo, puisqu’il s’agit de lui, fait partie de ces hommes politiques racés, que ce soit du point de vue intellectuel que moral. Acceptant la concession lorsqu’il le faut, pour l’intérêt de la Nation, il n’a cependant jamais accepté la compromission. Craint au plus haut point pour sa verve – qu’il a héritée de son origine Betsileo –, le fondateur du Leader Fanilo s’en est allé, cette fois-ci censuré par le sort, après l’avoir été à maintes reprises par ses adversaires politiques.

Sitôt décroché le diplôme de Maîtrise ès Sciences Economiques, à Ankatso, Herizo Razafimahaleo s’envola vers les Etats-Unis pour s’inscrire à l’Université Michigan Ross School of Business où il obtint, en 1980 le prestigieux diplôme « Master of Business Administration » (MBA). A ces deux premiers titres, s’ajouteront ceux obtenus auprès de l’« International Capital Markets Program, Euromoney Training London » et du « Wolfson Course » de l’Université de Cambridge (tous les deux du Royaume Uni), ainsi que celui de l’ « Executive Program, John F. Kennedy School of Government », Université d’Harvard (Etats-Unis).
En ce qui concerne sa carrière professionnelle, Herizo Razafimahaleo débuta au sein de la banque « First Boston Corporation », à Wall Street, New York. C’est en 1981 qu’il rentre au pays pour se mettre au service du groupe Fraise. Sa première société, Stedic, fut créée en 1986 et cette entreprise fut suivie de plusieurs autres : Afoma en 1990 et Varatrafo (fabrication d’allumettes), le journal « L’Express de Madagascar » en 1995, puis Stedic Ravate (matériaux de construction) et Sitram (concessionnaire de véhicules) en 2001, ces deux dernières unités ayant été fondées en partenariat avec le groupe réunionnais Ravate Distribution.

Faire de la politique « autrement »

En ce qui concerne sa carrière politique, c’est en 1989 qu’il commença à côtoyer la sphère du pouvoir en ayant été nommé conseiller technique à la Présidence au vu de ses compétences en matière économique. Rappelons qu’à cette époque, le pays opéra un revirement, après quinze années de dirigisme, pour s’engager résolument dans la libéralisation.
C’est en Juin 1992 que l’homme fonda le « Leader Fanilo » (Libéralisme Economique et Action Démocratique pour la Reconstruction Nationale), une association qui se muera ensuite en parti politique et ayant pour mot d’ordre le renouvellement et le rajeunissement de la classe politique, ainsi qu’une «autre manière » de faire de la politique.
Sa première expérience dans la bataille des urnes fut couronnée de succès puisqu’il fut élu Député de Madagascar en juin 1993, à 38 ans, avec 14 autres candidats de son parti. Herizo Razafimahaleo ne restera pas longtemps à l’Assemblée nationale puisqu’en août de la même année, l’homme fut nommé ministre de la Promotion Industrielle et du Tourisme dans le gouvernement de feu Francisque Ravony.

Un an plus tard, Herizo Razafimahaleo démontra une première fois à la face du monde qu’il est un homme de conviction et qu’un siège ministériel lui importait peu. En effet, en juillet 1994, suite au désaccord avec les hautes instances dirigeantes de l’époque (notamment concernant les fameux « financements parallèles »), le fondateur du Leader Fanilo démissionna de son poste de ministre en expliquant qu’il estime « pouvoir être plus utile hors du gouvernement qu’en son sein ». Par la suite, il retirera aussi les autres ministres issus de son parti, du 2è gouvernement de Francisque Ravony, qui démissionnèrent en bloc à leur tour en mai 1995.
Sa deuxième expérience des urnes, bien qu’elle ne l’ait pas mené au sacre suprême, n’en demeure pas moins une performance à saluer. Benjamin des 15 candidats en lice à l’élection présidentielle anticipée de novembre 1996 (suite à l’empêchement du président Albert Zafy), Herizo Razafimahaleo arriva en troisième position avec 15,13% des voix.

Honnêteté intellectuelle

Notre homme réintégra l’exécutif en février 1997, sous le mandat de Didier Ratsiraka, au poste de Vice-premier ministre chargé des Affaires Etrangères dans le gouvernement de Pascal Rakotomavo. Un an et demi plus tard, il démontra de nouveau son honnêteté intellectuelle, lorsque face à un conflit entre l’Arema, parti au pouvoir, et le sien, il démissionna, entraînant dans son sillage le ministre de l’Industrie de l’époque, Manasse Esoavelomandroso, le numéro deux de son parti.

Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire, il semblerait bien que ces démissions à des postes ministériels, pour des divergences de conviction quant à la conduite des affaires nationales, demeurent encore inédites jusqu’à ce jour.
Herizo se soumet une troisième fois au verdict des urnes en se présentant, avec 6 autres candidats, à l’élection présidentielle de décembre 2001. On en connaît l’issue : une crise politique sans précédent et qui, finalement, a abouti à l’investiture de Marc Ravalomanana en 2002.

Le 18 mai 2002, Herizo Razafimahaleo se retire – momentanément - de ses fonctions de Président national du Leader Fanilo tout en expliquant son geste dans un communiqué : « le combat mené, pendant ma présidence, par le Leader Fanilo pour un réel développement de Madagascar à travers un libéralisme à visage humain, pour une manière de faire de la politique autrement, pour plus d’éthique et de responsabilité dans nos pratiques politiques, pour une bonne gouvernance et un véritable Etat de droit, pour plus de rigueur, d’austérité et de transparence dans la gestion des affaires publiques,… tout cela, j’en suis convaincu, n’aura pas été un exercice futile, même si le chemin restant à parcourir semble paradoxalement s’allonger au fur et à mesure des avancées ».
C’est le 16 octobre 2005, lors de l’émission dominicale « Savaravina » de la radio nationale, que l’ancien Vice-premier ministre annonça le prélude de son retour dans l’arène politique A cette occasion, encore non interdit d’antenne sur ce média officiel, Herizo Razafimahaleo ne manqua pas de brosser un constat amer sur la situation sociopolitique qui prévaut dans le pays.
Mais c’est à l’aube de 2006, que l’homme amorça son retour sans équivoque dans l’arène politique après quatre « années sabbatiques ». Au cours d’une conférence de presse mémorable, le 24 janvier 2006, Herizo Razafimahaleo dénonça le coup d’Etat institutionnel de la « première » investiture de Marc Ravalomanana. Par la même occasion, il dévoila implicitement son intention de se jeter de nouveau dans la course des présidentielles, en réclamant la clarification des « règles du jeu ». Mais ce n’est que le 1er septembre 2006 que notre homme annonça officiellement, à l’ex-Hilton Madagascar, sa candidature à l’élection présidentielle du 3 décembre de la même année. On en connaît le résultat.

Refus de « rabaisser » le débat

L’une des principales forces de Herizo Razafimahaleo est sans conteste son niveau intellectuel. En effet, ses analyses et critiques sont des plus pertinentes car soutenues par des arguments difficilement contestables, dans tous les cas, jusqu’ici incontestés. A l’heure actuelle, malgré la disparition de leur auteur, les suggestions qu’il a émises demeurent valables et c’est sans doute un « héritage » qu’il aura laissé pour le pays. Mais il faut aussi reconnaître que c’était une de ses faiblesses, notamment dans les courses qu’il a menées à l’investiture suprême. En effet, Le poids électoral des intellectuels n’était pas en mesure de lui assurer la victoire. C’est là justement qu’il faut saluer le courage de l’intéressé car, bien qu’il était sûrement conscient de ce handicap, il s’est toujours refusé à « rabaisser » le débat, au profit d’un simple clientélisme électoral.

Il semblerait d’ailleurs que c’est cette capacité de persuasion au niveau d’une frange de l’intelligentsia nationale, qui lui a valu d’être « muselé » à plusieurs reprises. Dernièrement encore, son intervention, très attendue, sur l’émission « Ny marina » de la radio Antsiva, a été annulée in extremis. Pour mémoire, Herizo Razafimahaleo comptait répliquer, à cette occasion, au reproche implicite de « lâcheté » émis à son encontre, suite à la suggestion – au contraire courageuse - de sa part, d’annuler l’accueil du sommet de l’UA en 2009.

Herizo Razafimahaleo n’aura plus l’occasion de nous abreuver de ses analyses et remarques judicieuses. Dans tous les cas, son départ laissera un grand vide dans le paysage politique malgache en général, et dans les rangs de l’opposition en particulier. Certes, il est dit que nul n’est irremplaçable. Néanmoins, celui qui est appelé à succéder à Herizo Razafimahaleo, dans l’échiquier politique malgache, n’aura pas la tâche facile. Tellement la stature de l’homme est imposante…

Hery Mampionona


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