Blog de Patrick

OBIANG, Président de la Guinée : dictateur protégé par le pétrôle !

6 juil 2008
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Si l’on envisage passer un séjour en Guinée Equatoriale, il ne faut pas oublier les consignes du Ministère des Affaires ètrangères :

Il est recommandé d’éviter de prendre des photos, plusieurs zones étant considérées comme stratégiques, (ports, aéroports, palais présidentiel…) sans que celles-ci soient déterminées précisément. De même, il est fortement déconseillé d’apporter dans ses bagages ou dans son déménagement une paire de jumelles, même de dimensions modestes.


Pays d’Afrique centrale, Elle est constituée de deux parties : l’une continentale, bordée par le Cameroun et le Gabon, l’autre insulaire avec l’île de Bioko (où se trouve la capitale Malabo) et l’île d’Annobón.

Arrivé au pouvoir le 3 août 1979 suite à un coup d’État, Teodoro Obiang Nguema est régulièrement reconduit par lui-même à la tête du pouvoir :

1982 : nommé chef d’État pour 7 ans par le conseil militaire

1989 : élu avec 99,99% des voix comme candidat unique

1996 : élu avec 97% des voix comme candidat unique, dans un scrutin officiellement multipartite

2003 : élu avec 97,1% des voix dans un scrutin multipartite (5 candidats autorisés).

Manuel Ruben N’dongo, un opposant équato-guinéen en exil à Paris, qui dirige le collectif des partis démocratiques d’opposition résume ainsi l’exercice du pouvoir : « Le pouvoir est aujourd’hui entre les mains d’une dizaine de personnes, toutes proches de la famille du président. Vous avez d’un côté le président Obiang, sous l’influence de sa femme dont la volonté manifeste est de propulser à tout prix son fils au sommet de l’État. De l’autre côté, Armengol et le général Mba Nguema, les frères du président, qui considèrent Teodorin comme incapable, voire dangereux » (source Wikipédia).

Voici un article qui explique pourquoi l’on e parle jamais de OBIANG, relevé sur 20Minutes.fr, éditions du 26/06/2008 - 15h36 :

Interrogation surprise: qui est le pire des dictateurs africains?

1) Robert Mugabe

2) Robert Mugabe

3) Robert Mugabe

4) Aucun d’entre eux

La réponse paraît évidente. Grâce à la couverture des médias et aux critiques abondantes des gouvernements occidentaux, tout le monde sait que le dirigeant du Zimbabwe essaie de s’accrocher au pouvoir en écrasant son adversaire, Morgan Tsvangirai, qui l’emporterait lors du second tour des élections du 27 juin si ses partisans n’étaient pas tués, battus, emprisonnés ou harcelés par des brutes au service de l’Etat. Même le président George W. Bush a comparé le pouvoir de Mugabe à un «cauchemar».

Mais Mugabe n’est peut-être par le pire d’Afrique. Ce prix revient sans doute à Teodoro Obiang, le dirigeant de la Guinée équatoriale, dont la vie ressemble à une parodie du genre dictatorial. Qui a tout appris dans la violence d’un régime génocidaire dirigé par un oncle dingue ? Vérifiez. Qui est arrivé au pouvoir après un coup d’Etat contre cet oncle meurtrier? Vérifiez. Qui a fait tuer l’oncle, une fois destitué, par un peloton d’exécution? Vérifiez. Qui s’est autoproclamé «libérateur» de la nation? Vérifiez. Qui gouverne depuis des décennies d’une telle façon que les groupes de défense des droits de l’homme accusent son régime de meurtre, torture et corruption? Vérifiez, encore et encore.

Obiang, qui a pris le pouvoir en 1979, avait promis d’être plus gentil et plus doux que son prédécesseur. Mais dans les années 1990, même l’ambassadeur américain en Guinée équatoriale a reçu une menace de mort d’un membre du régime, comme l’a expliqué le diplomate, qui a dû être évacué. Peu après, du pétrole offshore a été trouvé, mais les premières recettes – à peu près 700 millions de dollars – ont été transférées vers des comptes secrets contrôlés personnellement par Obiang. Dernier épisode en date, le mois dernier, peut-être le moins surprenant: le parti d’Obiang a gagné 99 sièges sur 100 aux élections législatives. Le gouvernement a publié un communiqué intitulé «La démocratie à son paroxysme en Guinée équatoriale».

Si vous n’avez jamais entendu parler de cela, pas d’inquiétude. Autant que je sache, le seul journaliste américain à avoir couvert ce scandale électoral est Ken Silverstein, qui écrit pour le magazine «Harper’s» et qui, dans ses enquêtes, hurle depuis de nombreuses années les dérapages d’Obiang. Mis à part les récents articles de Silverstein et quelques dépêches d’agence qui n’ont pas été reprises aux Etats-Unis, il n’y a eu aucune couverture d’une confiscation de la démocratie en Afrique qui est pourtant plus grave que celle que Mugabe est en train d’effectuer. Certes, la Guinée équatoriale est un petit pays avec moins d’un million d’habitants, son économie se développe grâce au pétrole et la «victoire» d’Obiang n’a pas nécessité la violence et la terreur imposées par Mugabe. Mais les services d’Obiang n’ont pas besoin de matraquer les gens dans la rue. Ses potentiels adversaires sont trop effrayés pour manifester ouvertement contre lui. C’est la Suisse de la dictature – tellement efficace pour assurer l’obéissance que la contestation est invisible.

La brutalité du régime m’a frappé lorsque que j’ai été expulsé de ce pays, en 2004 – j’écrivais alors un livre sur le pétrole. J’avais déjà été refroidi par la docilité des habitants. Contrairement à d’autres pays du Tiers Monde, personne ne s’approchait de moi quand je marchais dans la rue. (Le seul endroit où j’ai ressenti la même chose, c’est en Corée du Nord.) Après être resté en Guinée équatoriale un peu plus d’une semaine, le ministre de l’Information Alfonso Nsue Mokuy m’a convoqué dans le patio du Bahia Hotel, où Frederick Forsyth avait écrit «Les Chiens de guerre». Il m’a dit que j’étais un agitateur anti-Obiang ou un espion – il hésitait entre les deux. Je serai dans le prochain avion pour mon pays, a-t-il ajouté. Un de ses assistants m’a escorté jusqu’à l’aéroport et peu après notre arrivée, le ministre est apparu pour vider mon sac. Il s’est emparé de mes notes en m’accusant d’être un espion (il avait fini par conclure que je n’étais pas un agitateur) et me menaçant de me conduire en ville pour un véritable interrogatoire «à la manière Obiang».

Pour comprendre ce qu’il s’est passé après et pourquoi nous entendons si peu parler d’Obiang, il faut savoir que depuis que le pétrole a été trouvé dans les eaux territoriales du pays, dans le Golfe de Guinée, ExxonMobil, Marathon Oil, Chevron et d’autres entreprises ont investi plus de 10 milliards pour extraire le trésor, faisant de la Guinée équatoriale le 3e exportateur d’énergie d’Afrique sub-saharienne. Mais les premières recettes ont disparu, les habitants de Guinée équatoriale sont restés pauvres, mal-logés, mal-scolarisés et en plus mauvaise santé que jamais. Plutôt que de placer l’argent sur un compte transparent du gouvernement et de l’utiliser pour des services sociaux, Obiang l’a amassé sur des comptes qu’il contrôlait personnellement à la Riggs Bank de Washington. Une enquête de la SEC (Ndlt : Security exchange commission, l’autorité américaine de régulation des marchés) sur Riggs a conclu que des millions de dollars avaient été blanchis mais Obiang n’a pas été inculpé. La vie est même devenue plus facile pour lui. En 2006, il a été invité à Washington et a rencontré la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, qui l’a qualifié de «bon ami».

Pourquoi Rice est-elle la meilleure amie pour la vie de Obiang? Ce n’est pas un secret, c’est parce qu’il contrôle le pétrole auquel Washington veut avoir accès. Une position indéfendable même d’un point de vue pragmatique. Le roi Abdullah est aussi un «bon ami» mais il contrôle plus de 260 milliards de barils de pétrole; la transaction morale-contre-pétrole est compréhensible si elle nous rapporte plein d’essence, même à 4 dollars le gallon (3,78 litres). Obiang contrôle 1,1 milliard de barils de pétrole – dérisoire à l’échelle mondiale. Nous ne devrions pas nous incliner devant lui, nous n’avons même pas besoin de le faire. C’est à l’aéroport que j’ai appris cela.

Le ministre était en train de crier et il a commencé à me donner des coups sur les bras, alors que je refaisais mon sac, pas assez rapidement à son goût. Il était sérieux quand il parlait de me ramener en ville. Pour le calmer, je lui ai dit que le gouvernement américain ne serait pas très content si j’étais arrêté. Je comptais sur l’insécurité du régime d’Obiang. Il y avait eu peu de temps auparavant ce coup d’Etat avorté bizarre impliquant Mark Thatcher, le bouffon de fils de l’ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher. J’avais remarqué, lors d’un discours présidentiel et d’un défilé, que les principaux gardes du corps d’Obiang étaient des mercenaires marocains plutôt que des compatriotes, à qui il ne pouvait apparemment pas faire confiance. Même si la puissance américaine est affaiblie par les bourbiers irakien et afghan, elle continue à faire peur à un autocrate dont la force aérienne n’est composée que d’une douzaine d’avions apparemment pilotés par des Européens de l’Est. Mon bluff a donc fonctionné. Le ministre a cessé de me harceler.

Pour des raisons honteuses, la Maison Blanche n’utilise pas son influence pour condamner Obiang, comme elle le fait pourtant pour Mugabe. Pas une once de critique de la part de Washington à propos du triomphe d’Obiang aux élections de mai. Pourtant, ce n’est là qu’une part de la raison pour laquelle les Américains entendent si peu parler de lui. Après tout, personne n’interdit aux médias d’en parler. Mais c’est vrai qu’il y a quand même un célèbre dictateur qui essaie d’écraser une révolte pacifique dans un pays bien plus grand, qui a une histoire qu’on connaît et qui nous fascine – le Zimbabwe est passé de façon dramatique de la domination coloniale à l’indépendance et à la misère. Le gouvernement de Mugabe avoue un taux d’inflation de 150.000%. Mais c’est un point de vue optimiste, les chiffres non officiels parlent d’un million. Obiang n’est pas seulement un pire tyran, il a aussi une histoire plus passionnante. Le gouvernement américain ne soutient pas Mugabe, mais les millions investis par les Américains dans les entreprises de Guinée équatoriale soutiennent Obiang. Le ministre de Guinée équatoriale à qui appartient le bâtiment de l’ambassade américaine à Malabo est soupçonné de torture par des défenseurs des droits de l’homme. Plutôt que d’accuser cet homme, le gouvernement américain lui paie un loyer. Beaucoup d’argent, en plus – 17.500 dollars par mois.

Vous n’avez jamais entendu parler de ça auparavant? Le plus tragique, c’est que vous pourriez bien de plus en entendre parler à l’avenir.

Posté mardi 24 juin par Peter Grass sur Slate.com

traduction 20minutes.fr

20Minutes.fr, éditions du 26/06/2008 - 15h36

dernière mise à jour : 26/06/2008 - 15h403


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